Parce que les livres c'est bien, mais qu'il n'y a pas que ça dans la vie, une fois par mois au moins, Julien Bétan, l'auteur d'Extrême - Quand le cinéma dépasse les bornes, nous livre sa chronique cinématographique. C'est à lire dans >panique au drive-in<

Après avoir récemment évoqué les Cronenberg père & fils, avec Cosmopolis et Antiviral, il nous livre aujourd'hui un coup de coeur : Zift, de Javor Gardev.

 

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Achetée pour une bouchée de pain à la faveur d’un déstockage, cette édition française du premier film de Javor Gardev (le seul à ce jour) n’aura pas traîné longtemps sur l’étagère. Comme cela arrive parfois, et sans que l’on parvienne à se l’expliquer clairement, une affiche vous fait de l’œil, promettant de satisfaire des attentes elles-mêmes assez nébuleuses. Une intuition plus qu’une certitude, qui comme ses sœurs, cache parfois en son sein les épines cruelles de la désillusion.

Mélange, si l’on en croit la jaquette, de Guy Ritchie et de Tarantino au goût bulgare, le pitch de Zift n’est guère plus rassurant : un homme condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis sort de prison avec un plan simple, récupérer la fille et partir sous les tropiques.

Et pourtant.

Et pourtant Zift est au film noir ce que Sky Captain and the World of Tomorrow est aux pulps d’aventure et de science-fiction, un hommage condensant dans une démarche toute postmoderne l’essence d’un genre, additionné de quelques motifs exogènes et d’une relecture vivifiante. Sans compter que pour une fois, les arguments de vente ne sont pas si éloignés de la réalité.

Comme dans un Tarantino, l’on se trouve sans doute aucun en présence d’un film de scénariste, ou plutôt en l’occurrence de romancier, Vladislav Todorov signant l’adaptation de son propre texte. Et si ce dernier multiplie les scènes de dialogues, pleines de savoureuses anecdotes, il a la décence de ne pas dépasser les 90 minutes, évitant ainsi de sacrifier le rythme et l’intrigue principale sur l’autel du bon mot. Des historiettes qui sont par ailleurs partie intégrante de la littérature et de la culture des pays de l’Est, témoignant autant d’un milieu que d’une tradition orale. De Ritchie, on retrouve la maîtrise d’une structure narrative éclatée et circulaire, les placements de caméra impromptus, un indéniable sens du montage et un goût pour les personnages truculents affublés de surnoms dignes d’Audiard. 

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Le film multiplie les références thématiques et visuelles aux grands classiques du genre tout en explorant un pan méconnu de l’histoire bulgare : « la mite » (ainsi nommé en raison de sa propension enfantine à se cacher dans les endroits sombres pour effrayer les gens), a été emprisonné avant que son pays ne bascule dans le communisme, en 1944, et n’est libéré qu’après le dégel de 1956, dans un pays qu’il ne connaît plus.

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Obsédé par le souvenir de « la mante », son amour de jeunesse, il devra affronter mensonges et manipulations pour tenter de se sortir d’un imbroglio à retardement, tournant autour d’un diamant disparu.

Magnifiquement photographié en noir et blanc, impeccablement joué, Zift, à mi-chemin entre Le Faucon maltais et Les Promesses de l’aube, se révèle être un véritable petit bijou (néo) noir, à découvrir instamment.

 

Julien BETAN

 

 

 

Zift, réalisé par Javor Gardev, avec Tzvetan Alexiev, Antony Argirov, Gergana Arnaudova, 1h32, sorti en DVD en 2011.