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CW Sughrue, l'un des deux personnages récurrents de James Crumley, se voit confier une nouvelle enquête. Son ami Mac, psychiatre de son état, lui avoue que le dossier de certains de ses patients ont été dérobés. Secret médical oblige, le praticien ne peut en dire beaucoup plus sur leur contenu, mais il craint qu'on cherche à le faire chanter, lui ou l'un de ses patients... Rien d'extraordinaire pour un privé de la trempe de Sughrue, si ce n'est que lesdits patients ont une fâcheuse tendance à mourir dans des circonstances étranges dès que l'enquêteur s'intéresse de trop près à leur cas...

Autant le poser d'emblée, si vous êtes amateur d'intrigues linéaires, d'enquêtes bien ficelées, passez votre chemin. Car chez Crumley, on est plus proche du sac de noeuds. Et la situation ne se clarifie pas forcément alors qu'on avance dans le roman... Quand le dénouement de l'intrigue approche, on a parfois oublié comment elle a commencé !

Le réel intérêt de ce roman, comme celui de tous les autres de Crumley - tous chaudement recommandés -, réside dans les personnages mis en scène au sein de ce vaste bordel, et le regard qu'ils portent sur leur monde. Sughrue, qu'on connaît depuis Le Dernier baiser (paru en 1978) a vieilli et semble quelque peu dépassé en ces années 2000. Mais il reste l'éternel adolescent qu'on aime, provocateur et bon vivant - ce n'est rien de le dire ! Toujours hanté par son passé au Viet-Nâm, épris de justice mais peu soucieux des lois, il parcourt les Etats-Unis en long, en large et en travers, en voiture souvent, en avion parfois. Car, quand on lit Crumley, on voyage. Les longs trajets en voiture sous amphét, les bitures dans des motels ou les rencontres féminines folkloriques sont autant d'éléments qui jonchent les romans de l'auteur, et qu'on prend plaisir à retrouver, de livre en livre.

Autre qualité récurrente, le style de l'auteur relève d'une exigence esthétique élevée. Ses descriptions imagées immergent le lecteur dans l'histoire, les dialogues sont vifs et donnent vie aux personnages. Même si le ton est souvent drôle et détaché, Crumley sait aussi dépeindre les scènes les plus violentes, comme les sentiments négatifs de ses personnages.

Dernier roman écrit par Crumley avant sa mort en 2008, Folie douce est encore une fois un coup de maître, dans lequel on retrouve ce qui fait le charme de l'auteur, sans pour autant avoir l'impression de relire éternellement le même roman. Chez L'écervelé, si on devait ne retenir qu'un seul écrivain, il ne serait pas impossible que ce soit lui... Une petite citation pour finir, les deux dernières phrases du roman : « Les femmes que je connais prétendent que, au bout de toutes ces années, je n'ai pas été foutu de me trouver moi-même. Faut dire que je n'ai pas encore vraiment cherché. »

Landry NOBLET

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Folie douce, James Crumley, traduit de l'anglais (USA) par Patrice Carrer, 402 p., Folio policier, 2005.