>l'interlude musical< #11 // First Serve
Deux des trois membres du groupe De La Soul s'associent à deux DJ frenchies pour créer First Serve. Le résultat est un album haut en couleurs, festif et second degré. En témoigne ce "Must B the Music".
Landry NOBLET
PUNISHERMAX // Jason Aaron & Steve Dillon
Le scénariste Jason Aaron, en reprenant le Punisher sous le label Max, la collection adulte de la Maison des idées, reprend aussi la démarche d'un Miller sur Batman. Il s'affranchit de la continuité de la série et dévoile un personnage vieilli, mal en point et en proie aux questionnements, fait notable tant le lecteur est habitué à son comportement expéditif – c'est un euphémisme. Dans les deux premiers volumes, Aaron prend le temps de planter l'univers et son aura et de définir le rôle de chaque personnage. Le Caïd sera l'ennemi du Punisher, sa cible première. Un Bullseye particulièrement azimuté sera l'obstacle à franchir, imprévisible et extrême. Un tel casting engendre forcément son lot d'action et de gore. Les scènes de gun fights et autres bastonnades sont d'une inventivité rafraîchissante et toujours fluides et certains passages bien saignants apportent une dose bienvenue de grand-guignol. Le ton est donné. Puis arrive un troisième volume comme un tournant à angle droit. À l'affrontement divertissant vient s'ajouter une sorte de psychanalyse du personnage. Au travers du rôle de Bullseye, Aaron revient sur le passé du Punisher. La révélation qu'il a connue au Vietnam, quand il s'est découvert un goût renforcé pour le meurtre. Le rôle-clé du massacre de sa famille, événement déclencheur de sa carrière de justicier autoproclamé. Quand et comment est-il devenu un être prêt aux pires extrémités. Sa mission peut-elle supporter quelque limite que se soit ?... Le scénariste creuse, décortique chaque aspect de cet être de papier, créant une empathie nouvelle en nous dévoilant qui est Frank Castle quand il ne porte pas son tee-shirt à la tête de mort. On aura rarement vu une trame si subtile pour un récit mettant en scène un héros qui n'a jamais entendu le mot finesse. Pour couronner le tout, la partie graphique est assurée par un M. Steve Dillon au meilleur de son art. Sa ligne claire vicieuse et son sens du découpage explosent dans ce récit aussi passionnant qu'amusant pour qui n'a pas peur de la vulgarité et des éviscérations.
Landry NOBLET
PunisherMax, Jason Aaron (scénario), Steve Dillon (dessin) & Matt Hollingsworth (couleurs), traduit de l'anglais (USA) par Nicole Duclos, 4 volumes, 120/140 p. par volume, Panini Comics, 2011, 2012.
NB : la série compte en réalité 5 volumes. Le troisième est constitué d'histoires courtes dont la lecture n'est pas nécessaire à l'histoire. Seule la lecture des volumes 1, 2, 4 & 5 suffit.
LES BÊTES DE BLACK CITY t.1 // Marco Rastrelli & Lorenzo Nuti
Ça faisait longtemps qu'on avait pas parlé de cul et autres testiboules sur L'écervelé, et ça nous (vous ?) manquait. C'était aussi parce qu'on avait rien lu de très bandant ces derniers temps. Jusqu'à tomber, par hasard, au détour d'obscures tâches d'ordre professionnel, sur le premier volume des Bêtes de Black City. Avant d'êtres trois filles de joie mutilées et revanchardes, cette belle trinité incarnait la substantifique moelle des catins de l'Ouest sauvage. Campées près du bureau de tri de l'armée de l'Union, les trois belles enchaînaient les clients, jusqu'au triste soir où une bande de soldat aux rudes manières vont les torturer et les laisser pour mortes en plus de remplir leurs orifices. Seulement, les catins sont plus coriaces que les soudards le croyaient, et passablement en colère. Leur quotidien change tristement, on les croit mortes, elles survivent en taillant des plumes dans des impasses boueuses. Mais le hasard étant de leur côté, elles vont recroiser les sauvages qui les ont agressées. Grosse soirée en perspective...
Ce one-shot a ravi votre rédacteur préféré. Les dessins sont tour à tour soignés ou bâclés, mais le talent du dessinateur est là. Ses couleurs monochromes posent l'ambiance et lient l'ensemble, en plus de rattraper les cases un peu trop vite torchées. Côté scénar, que du très bis là-aussi. Une histoire de vengeance basique et frontale, qui sent bon le nanar. Et qui permet à l'auteur d'amener des scènes pornos qui font leur petit effet qui mouille les aisselles – et pas que. Rien d'extrême - quoique, pas de SM, mais souvent de la violence et du sang. Les deux ingrédients d'une bonne série Z, en somme. Même les dialogues, pourtant dus à un seul quidam, sont mauvais – ou mal traduits. Mais ça ne fait que renforcer le charme de l'ensemble. Si vous voyez une auréole quelque part après lecture de cet album, ce sera certainement pas celle d'un ange...
Landry NOBLET
Les bêtes de Black City t.1, Marcon Rastrelli (scénario), Lorenzo Nuti (dessin & couleurs) & MasterTabous (textes & dialogues), traduit de l'italien par Claire Nyman, 48 p., Tabou, 2011.
>l'interlude musical< #10 // Sidabitball
Découverte sur la surprenante compilation Georges Brassens - Echos du monde, cette reprise de "La mauvaise réputation" doit être écoutée en voiture, défoncé à la caféine. Conseil du chef.
Landry NOBLET
PIKE // Benjamin Whitmer
Pike n'a pas eu une vie exemplaire. Loin de là. Mais aujourd'hui, il tente de se racheter une conduite, revenu dans son bled natal des Appalaches. Accompagné de Rory, son seul ami, un jeune paumé qui boxe comme personne mais n'a droit qu'à de minables combats, il enchaîne les petits boulots, rendant service à qui en a besoin. Mais une visite inattendue va venir troubler ce quotidien déjà précaire. On lui apprend que sa fille Sarah, qu'il a perdue de vue depuis longtemps, vient de mourir d'overdose. Qu'elle avait une fille. Et qu'il est le seul proche qu'il lui reste. Le voici donc grand-père, devant s'occuper d'une gamine de douze ans qui fume comme un pompier et jure comme un charretier... De gros changements en perspectives, d'autant plus que la mort de Sarah semble louche et qu'un flic corrompu et abject semble porter un intérêt des plus malsains à a fillette...
Pike fait partie de ce genre de récits où l'atmosphère et le style priment sur l'intrigue. Encore une fois dans le roman noir, l'enquête proprement dite aurait pu faire l'objet d'une courte nouvelle. Mais c'est tout ce qui l'enrobe qui constitue l'intérêt du bouquin. Pour un premier roman, Benjamin Whitmer frappe très très fort. Il nous fait ressentir le froid crasseux des Appalaches, la misère des restau-routes, la crasse des squat de junkies et le vice de certains esprits tordus. Il manie les figures de style avec brio, toutes plus ternes les unes que les autres, subtiles mais jamais ampoulées. Dans ce récit où tout semble recouvert d'une épaisse couche de rouille tenace, une violence crue et saignante éclate dans certaines scènes, froide et sans états d'âme, à l'image d'un Pike prêt à tout pour élucider la mort d'une fille qu'il n'a jamais été à même d'aimer. Et bien décidé à se rattraper en élevant sa petite-fille dignement. Il rend justice lui-même, selon ses propres principes, et affronte un flic à l'esprit dégénéré digne du Lou Ford de Jim Thompson. Les chapitres sont courts et s'enchaînent à la vitesse d'un uppercut, l'enquête vire à la vendetta sans lâcher le lecteur pris dans un tourbillon de noirceur et de désespoir qui serre la gorge et tord le poignet jusqu'à la dernière phrase. Peut-être alors aura-t-on droit à une mince lueur d'espoir. Peut-être...
Landry NOBLET
Pike, Benjamin Whitmer, traduit de l'anglais (USA) par Jacques Mailhos, 272 p., Gallmeister, 2012.






