NATURAL ENEMIES // Julius Horwitz
Paul Stewart, éditeur new-yorkais, publie l'une des plus prestigieuses revues américaines, Scientific Man. Les plus grands penseurs font la queue devant sont bureau pour espérer lui vendre un article. Il est marié, a trois enfants, une maison à deux heures de New-York, un chien. Tout semble aller pour le mieux. Seulement, Miriam, son épouse, se noie dans une dépression sans fond depuis des années, avalant les cachets de valium comme des Smarties, l'obligeant à faire chambre à part. Ces deux êtres se sont croisés un jour, se sont mariés, mais ne se sont jamais vraiment rencontrés. La maladie de Miriam commence à déteindre sur Paul.
Ce matin, il s'est levé plus tôt que d'habitude. Pas à cause de ses insomnies, il y est habitué, mais parce qu'il avait une chose importante à faire : charger son fusil, afin de tuer toute la famille le soir en rentrant, lui compris. Puis il part travailler, pour la dernière fois...
L'issue du roman est connue d'avance, ce qui n'empêche pas l'auteur d'installer un suspense aussi palpable que la malaise qui se dégage de ce récit écrit à la première personne. On entre ainsi d'emblée dans la tête de cet homme, tiraillé entre une détermination glaciale et le besoin de dire au-revoir à certaines personnes sans compromettre son projet macabre. Il aura de longues conversations avec deux de ses plus proches collaborateurs et amis au cours de cette dernière journée. Les deux comprennent entre les mots que la situation risque fort de tourner au drame sordide mais, tout comme le lecteur, ne peuvent se résoudre à penser que Paul a pris une telle décision. Ils sentent son malaise, mais sous-estiment sa détermination.
Les pensées de Paul sont livrées sans fard au lecteur, une matière brute effrayante, comme une analyse de ce qui l'a progressivement amené à envisager l'irréparable, puis convaincu de passer à l'acte. Même s'il a lui-même parfois du mal à appréhender ce mécanisme complexe que constituent ce genre de tueries collectives. Pourquoi ne pas partir seul ? Pourquoi exécuter sa famille avant d'avaler le canon du fusil ? Comment en arrive-t-on à avoir tellement peur de la vie qu'on préfère la perdre, et la retirer à ceux qu'on aime ? C'est ce qu'il essaye de découvrir depuis des mois qu'il se passionne pour ce genre de faits divers. A défaut d'explications rationnelles, Paul trouvera des justifications : « dans certaines circonstances, un homme qui sent qu'il n'est plus capable de la protéger peut exterminer sa famille pour la protéger d'un plus grand mal. » Une famille à qui il faut « épargner la douleur, la souffrance et le vide ».
La reconnaissance, le confort matériel, ses enfants, rien n'égaye les pensées que Paul partage avec le lecteur, tiraillé entre ses souvenirs douloureux de soldat lors de la seconde guerre mondiale, le climat d'apocalypse nucléaire inhérent à cette période de guerre froide (le roman a été écrit en 1975) et la déliquescence de New-York, ville-symbole qui court à sa perte, où se tiennent les congrès de l'ONU mais où les gens ont peur de se retrouver dans un ascenseur avec un inconnu. Un contexte tout sauf favorable, surtout quand on a la ferme impression de passer à côté de sa vie, à l'instar de Paul et de sa famille pour qui il ne voit aucune issue possible.
Une autopsie glaçante d'un fait divers sordide, mais symptomatique. Une lecture dure mais lucide, qui oppose une solution extrême mais pro-active à toute forme de fatalisme, et où l'espoir apparaît par touches furtives jusqu'à un final sans équivoque.
Natural Enemies, Julius Horwitz, traduit de l'anglais (USA) par Anne de Vogüé, 288 p., Editions Baleine, 1977, 2011.
Posté par Landry NOBLET
>l'interlude musical< #6 // Hommage à MCA
Adam Yauch, plus connu sous le nom MCA comme rappeur des légendaires Beastie Boys, groupe punk devenu pointure de la scène hip-hop, est mort en début de mois, des suites d'un cancer. Il avait seulement 47 ans. Hommage avec cet >interlude musical< donc.
Un morceau extrait de leur premier album, preuve du second degré des trois MCs. Notons que ce premier opus, Licensed to Ill a été produit par M. Rick Rubin (Public Ennemy, Johnny Cash et sa guitare, System of a Down et la légendaire rencontre Aerosmith/Run-DMC, entres autres).
Et un bootleg sympa dû à DJ Zebra :
Repose en paix, Adam...
Posté par Landry NOBLET
DESOLATION JONES // Warren Ellis & J.H. Williams III
Michael Jones est un ancien agent des services secrets britanniques, trop alcoolo pour être productif. Ce qui cause pas mal de problèmes à sa hiérarchie, jusqu'au jour où un programme spécial est mis en place, le desolation test, qui nécessite certains cobayes. Le but étant d'optimiser les performances de certains agents (suppression du besoin de sommeil, non-réaction à la douleur...), Jones est vite désigné comme volontaire. Le voilà engagé dans un processus d'amélioration des performances pour plusieurs mois...
Aujourd'hui assigné à résidence à Los Angeles, comme tous les espions retirés, Jones gagne sa vie en faisant le détective privé au sein de cette communauté secrète. Il tue le temps dans sa maison en forme de soucoupe volante, dans le noir à fumer de l'herbe. Mais un nouveau job lui est confié : retrouver pour un pornophile collectionneur de MST, une bobine de films X tournés par Hitler dans son bunker...
Ellis reprend à sa sauce le pitch du Grand Sommeil, de Raymond Chandler, classique du roman noir adapté au cinéma par Howard Hawks, tout en modernisant les codes du genre. Jones est bien loin du la figure d'Humphrey Bogart en imperméable. L'expérience à laquelle il a été soumis, révélée en filigrane tout au long du récit, constitue un traumatisme qui n'est pas sans rappeler non plus un certain passage d'Orange mécanique. Il est entouré de personnes issues de ces expériences ratées, de son employeur qui ne se nourrit qu'une fois par trimestre, mais de plusieurs tonnes de viande rouge, à cette femme que personne ne peut approcher sans risquer de terribles nausées tant elles dégage de phéromones. L'intrigue peut vite sembler un prétexte pour le scénariste désireux d'étaler cette galerie de personnages tordus et bigarrés. Mais, comme dans l'histoire de Chandler, l'enquête s'avère vite plus compliquée que prévue. Les pornos ne sont qu'une excuse, il y a autre chose dans la boîte à bobines... On va lors découvrir une définition de la famille tordue par un Warren Ellis en grande forme, ainsi qu'une conception expéditive de la justice dans une explosion de violence trop longtemps contenue. Le choix du situer ce récit à Los Angeles, ville mythique de la littérature marginale américaine, Mecque des starlettes ratées, de la came et du business du cul (porno mais aussi prostitution), est tout sauf anodin.
L'histoire est illustrée par le dessinateur de Promethea, J.H. Williams III, qui donne lui aussi le meilleur de son savoir-faire, explosant la narration et la mise en page de manière esthétique et personnelle sans jamais perdre son lecteur en route. Il privilégie une conception de la planche sur une double-page plutôt qu'une simple, adapte le découpage selon les décors et l'intensité de l'action, renforçant les ambiances posées par le scénariste en même temps que les sensations éprouvées par son lecteur. Le travail de son coloriste, José Villarrubia, qui lui-aussi fait varier les rendus, des aplats flashies façon pulp et seventies aux peintures texturées ultra-réalistes, en passant par un noir & blanc presque expressionniste, est exemplaire.
Quand trois artistes talentueux donnent le meilleur d'eux-mêmes sur la même oeuvre, il ne peut en sortir qu'un excellent résultat. Un grand moment de la bande dessinée américaine (aujourd'hui introuvable en français, malheureusement).
Desolation Jones t.1 - Made in England, Warren Ellis (scénario), J.H. Williams III (dessin) & José Villarrubia (couleurs), traduit de l'anglais par Nicole Duclos, 144 p., Panini Comics, 2007.
NB : l'histoire est complète, un tome 2 a été engagé mais ne sera visiblement jamais terminé.
Posté par Landry NOBLET
>dossier< #5 // A Serbian Film, partie 2/2 : la chronique de Julien Bétan
Après la lecture d'Extrême, l'essai de Julien Bétan sur l'ultra-violence filmique, quelques titres ont été notés sur un post-it par votre serviteur intrigué. En tête de liste, A Serbian Film. Ca y est, c'est vu, et c'est une sacrée expérience ! Après, la critique de notre rédacteur habituel, voici aujourd'hui la critique de Julien Bétan himself, extraite de son livre. Signalons à l'occasion le lancement prochain d'une nouvelle rubrique : la chronique ciné de Julien Bétan. Qui devrait démarrer par une chouette surprise pour le festival de Cannes... A suivre...
Malgré ses scènes gore et sa sulfureuse réputation, A Serbian Film est loin de n’être qu’un simple produit d’exploitation. Premier film serbe réalisé sans le concours financier de l’état, coécrit par le réalisateur et Aleksandar Radivojevic, célèbre critique et scénariste de la superproduction locale Charleston et Vendetta (2008), il bénéficie de la présence d’acteurs de première catégorie : Srdjan Todorovic (Milos), qui joua entre autres dans Chat noir, chat blanc d’Emir Kusturica (1998) ; Sergej Trifunovic (Vukmir) qui en plus de sa carrière locale a obtenu de nombreux petits rôles dans de grosses productions américaines ; Slobodan Beštić (Marco) comédien classique faisant partie de la troupe du Théâtre national de Belgrade.
La première demi-heure du film est consacrée avec talent à l’exposition des personnages et à la mise en place de l’intrigue et de l’ambiance, fait suffisamment rare de nos jours pour être signalée. Et même s’il bascule dans une surenchère lui faisant perdre une partie de sa force, sa construction reste solide jusqu’au bout. Mais ce qui le différencie d’un simple exercice visant à flatter le plaisir pervers du public, c’est qu’il traite du voyeurisme de la manière dont Ichi the Killer abordait la violence graphique. Tandis que le spectateur est associé à Milos et découvre avec lui cet univers sordide, sa position est régulièrement questionnée par les caméras omniprésentes à
l’image. Les scènes de violence ne se déroulent jamais dans le présent du film, apparaissant sous la forme de projections, de vidéos ou de souvenirs. Milos n’a d’autre choix que de les subir, mais le spectateur aurait le loisir de quitter la salle ou d’arrêter le DVD (ndlr : à ce sujet, Funny Games, de Michael Haneke, développe l'idée du spectateur-voyeur). Et si sa curiosité morbide l’emporte, le caractère profondément révoltant des images risque bien de lui faire regretter son choix : elles marquent la rétine de manière indélébile, ce qui a été vu ne peut être effacé de la mémoire. En cela, en plus de décrire assez habilement le processus du traumatisme, le film véhicule lui-même un effet traumatique. Attiré par le caractère transgressif du propos, et alléché aussi par les premières scènes à caractère uniquement sexuel, le spectateur se retrouve pris à son propre jeu, mis face à des fantasmes qu’il n’a – espérons-le – jamais eus.
Un processus qui joue sur l’envie d’assister à des scènes de violence extrême, et qui l’associe à la pornographie. Et si les acteurs ne sont pas jugés (plusieurs dialogues soulignent le fait qu’ils assument leur choix professionnel),
producteurs, réalisateurs et amateurs du genre en prennent pour leur grade. « La pornographie », dit Vukmir, « c’est de l’art, mais les gens ne s’en rendent pas compte ! Pourquoi ? Parce qu’ils ne veulent que gicler dans un kleenex. Ce qu’ils ne peuvent pas faire dans une femme […] Ces films sont faits par des bouchers qui ne font pas la différence entre une caméra et un balai »
Par ailleurs, comme son titre l’indique, il s’agit avant tout d’un film serbe. Un film sur la Serbie d’après-guerre. « Vukmir ? » s’étonne à un moment la femme de Milos, « On dirait le nom d’un de ces types au tribunal de La Haye. » Une guerre ethnique, sale, si tant est qu’il en existe des propres, qui fut le théâtre d’exactions, recensées par Amnesty International et les Nations-Unies, similaires à celles décrites dans le film. Un film sur un pays corrompu, en plein marasme économique qui peine à se projeter dans l’avenir. « Nous avons passé toute notre vie en Serbie et nous avons fait l’expérience des vingt dernières années, tumultueuses, vraiment déprimantes et effrayantes.
La politique et tout ce qui vient sur le devant de la scène, mais aussi nos propres expériences vis-à-vis de tout ce qu’il s’est passé, et les émotions qui se développent quand on vit dans un environnement où n’importe quoi peut se produire à n’importe quel moment. […] Nous avons fait un film en l’incluant dans un genre qui nous plaisait à tous les deux, parce que nous voulions dire des choses vraiment importantes et vraiment difficiles à exprimer. La catharsis par l’art est quelque chose de très prisé en Serbie aujourd’hui. Une catharsis à travers un art vraiment subversif, vraiment puissant ; c’est ce dont les gens ont besoin, car la guerre les a insensibilisés et c’est comme s’ils avaient besoin d’une sorte de douche froide qui leur montre ce qui s’est vraiment passé dans leur vie.1 »
Un film sur le cinéma serbe aussi, et sur le cinéma en général, comme le revendique son réalisateur. « Les films qui prêchent et imposent le politiquement correct représentent de nos jours la forme dominante de l’expression cinématographique. Aujourd’hui, en Europe de l’Ouest, il est impossible de réunir les fonds nécessaires à la réalisation d’un film sans avoir une histoire qui parle d’une pauvre réfugiée perdue avec des allumettes, victime de la guerre, de la famine et/ou de l’intolérance. Ces films tratient pour la plupart les victimes en héros, et ils les utilisent et les manipulent de manière à provoquer l’empathie du spectateur. Ils créent une histoire fausse, romancée autour de cette victime et la vendent comme réelle. Voilà la véritable pornographie, la véritable manipulation. Et c’est également une violence spirituelle – le fascisme cinématographique du politiquement correct.2 »
Une métaphore, enfin, du système néolibéral. « Les scènes extrêmes, comme celles avec le bébé sont des images littérales de ce que nous ressentons. Je n’ai jamais raisonné en me disant, faisons un film choquant, un film controversé, battons le record du monde. Ce n’était pas présent dans notre esprit. Nous voulions simplement nous exprimer de la manière la plus honnête et la plus directe possible. On se fait violer dès notre naissance et cela ne s’arrête même pas à notre mort : c’est le sens de la scène finale.3 » Concernant la pertinence d’une telle métaphore, nous nous contenterons de renvoyer les plus sceptiques à l’actualité quotidienne4.
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1* Aleksandar Radivojevic, interviewé par David Harley, pour le site bloody-disgusting.com.
2* Srdjan Spasojevic, in « Director’s Statement », aserbianfilm.co.uk.
3* Srdjan Spasojevic, interviewé par Virginie Sélavy pour electricsheepmagazine.co.uk.
4* Fin 2011, en France, les familles de victimes de l’amiante décédées entre deux décisions de justice ont été sommées de rembourser les indemnisations précédemment accordées.
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Le bonus de Julien Bétan :
Balkan Baroque, performance de Marina Abramovic lors de la Biennale de Venise, en 1997. L’artiste passa quatre jours et six heures à psalmodier des airs folkloriques yougoslaves, tout en nettoyant une montagne d’os animaux.
A Serbian Film (Srpski Film), réalisé par Srdjan Spasojevic, co-écrit par Srdjan Spasojevic & Aleksandar Radivojevic, produit par Srdjan Spasojevic, 1h44, sorti en DVD en 2012.
Texte de Julien BETAN, extrait de Extrême ! Quand le cinéma dépasse les bornes, Les Moutons électriques, 2012.
Posté par Landry NOBLET
LAST EXIT TO BROOKLYN // Hubert Selby Jr
Il n'est pas toujours évident d'aborder l'oeuvre d'un auteur considéré comme majeur. Depuis quelques semaines, votre rédacteur préféré s'intéresse à certains classiques de la littérature américaine. Après les Burroughs père et fils, son attention s'est portée sur Hubert Selby Jr et son premier roman, Last exit to Brooklyn. Et il s'est avéré que le style singulier de l'auteur n'aide pas à se lancer, mais, surtout, ne vous arrêtez pas aux premières pages. Last exit to Brooklyn fait partie de ce genre de lectures qu'il faut mériter, où le lecteur doit être prêt à faire quelques efforts avant de s'habituer à l'écriture. Le style de Selby est vivant, littéralement, une sorte de langage oral et spontané, qui s'affranchit des règles de grammaire et de ponctuation. Les mots s'enchaînent sans rupture ni respiration, les dialogues se mélangeant au reste, sans ni guillemets, ni retour à la ligne, ni marque du changement de locuteur. L'argot est omniprésent et les grossièretés envahissent le texte. Mais, malgré ce manque certain d'académisme, le style est vite identifiable et empreint d'émotions, dès que l'on s'y est habitué.
En-dehors de cette écriture inhabituelle, le propos lui-aussi peut déranger. Et l'a fait... Largement inspiré du quotidien de l'auteur alors qu'il résidait à New-York, natif de Brooklyn, dans les années quarante et cinquante, Last exit to Brooklyn se veut une peinture des classes populaires qui vivaient alors dans ce quartier. Il met en scène des personnages bancals et marginaux, voyous, drogués, travestis et autres prostitué(e)s. A travers six nouvelles de longueur variable (de 15 à 150 pages), Selby dresse un portrait acerbe d'un certain pan de la société américaine, celui que beaucoup préféreraient laisser sous le tapis. Même si lui semble proche de ces écorchés, tant personne n'avait décrit la laideur de manière si juste et précise. Une anatomie de l'horreur humaine comme il en existe peu. Parmi les destins les plus marquants exposés dans ce roman, citons celui de Georgette, ce prostitué travesti fou amoureux d'un loubard qui ne fait que se jouer de lui de la manière la plus vicieuse qui soit. Ou Harry, ce père de famille et mari violent qui refuse d'accepter son homosexualité, qui rêve d'être une personne importante, mais n'est qu'un minable leader syndical qui connaîtra un semblant de gloire pathétique lors d'une grève qui s'étale sur des mois. Ou l'histoire de Tralala, certainement la nouvelle la plus marquante, cette jeune putain qui rêve d'un amour heureux autant qu'elle le fuit. Dans chaque cas, la chute se révèle particulièrement choquante et atteint des sommets de sordidité. Comme Georgette qui découvrira le goût des selles d'un de ses amis alors que son bien-aimé accepter enfin de se laisser sucer...
Loin de la surenchère, Selby décrit les abominations quotidiennes de tous ces laissés pour compte. Le roman a été publié en 1964 par l'éditeur de William S. Burroughs et Henry Miller, Grove Press. Allen Ginsberg annoncera qu'il « fera exploser un obus de malade rouillé sur les États-Unis et qu’il sera toujours lu avec passion dans cent ans ». Mais les réactions ne furent pas toutes aussi enthousiastes. Un procès pour obscénité sera intenté en Grande-Bretagne (même si les accusations furent rejetées en appel) et l'ouvrage sera interdit en Italie.
Aujourd'hui culte, le premier roman de Selby, malade chronique et toxicomane notoire venu à l'écriture un peu par hasard, reste une lecture indispensable à tous ceux qui aiment la littérature marginale.
Last exit to Brooklyn, Hubert Selby Jr, traduit de l'anglais (USA) par J. Colza, 416 p., Le Livre de Poche, 1970.
NB : cette édition est épuisée, mais l'ouvrage est aujourd'hui disponible chez 10/18.
Posté par Landry NOBLET




