IMG_1308Est-il encore nécessaire de présenter Bret Easton Ellis ? Depuis Moins que zéro, on connaît sa posture behavioriste, c'est-à-dire la non intervention de l'auteur dans un récit mené par les seuls personnages. Les avis, sentiments et émotions sont leurs sans que ceux de leur créateur ne transparaissent. En résulte un texte au phrases courtes et directes, d'où découlent un style descriptif, froid voire clinique, et des dialogues nombreux, parfois creux à l'image de ceux qui les déclament. Car une autre caractéristique de l'auteur tient dans la nature des personnages. Ils sont jeunes, étudiants (souvent) et riches, mais surtout prétentieux et vains. Ils s'ennuient, quoiqu'ils fassent. Leurs principaux passe-temps se résument à changer de filière à chaque rentrée, mais aussi et surtout à boire, baiser et se défoncer.

Les protagonistes des Lois de l'attraction ne dérogent pas à la règle. Lauren, Sean et Paul sont étudiants à Camden, un campus fictif mais inspiré de celui qu'a fréquenté l'auteur. Ils sont narrateurs à tour de rôle, ce qui donne un côté chorale et fouillis au roman, chacun relatant le même évènement de son propre point de vue. Ce parti-pris favorise les incohérences, tant les perceptions de chacun sont parfois éloignées, et n'aide pas le lecteur à entrer dans cette histoire. Mais il constitue aussi la principale originalité de ce roman, qui n'a ni réel début ni vraie fin. L'intrigue se résume au quotidien erratique des trois étudiants et se termine comme elle a commencé, c'est-à-dire quand le décide l'auteur, en plein milieu d'une phrase. Plus qu'un divertissement, ce roman relève du constat sociologique, d'un réalisme pessimiste qui prend au ventre, allant jusqu'à rendre la lecture parfois douloureuse. Le constat d'une génération post-baby boom dont l'avenir semble assombri, cette fameuse génération X, celle des enfants des années soixante et soixante-dix. Ils grandissent pendant la guerre froide, remettent en cause les institutions et l'autorité, voient apparaître le sida... Une lecture dure mais précieuse qui résume à elle seule toute une époque.

Landry NOBLET

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Les Lois de l'attraction, Bret Easton Ellis, traduit de l'anglais (USA) par Brice Matthieussent, 352 p., 10/18, 1988.