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Le boss de Boulogne, c'est le pape du deal de came du Bois. Dès la tombée de la nuit, il débarque avec ses lieutenants et autres guetteurs, prêt à fournir diverses substances illicites à la population des lieux. Travelos prostitués, pervers, clochards et autres junkies constituent sa clientèle. Mais le Boss n'a pas que des potes. Un flic lui colle aux miches, même si le dealer ne semble pas plus inquiet que ça. Et son ancien grossiste, froissé par la nouvelle indépendance du commerçant, aime à traîner dans les parages. Malgré ça, les affaires roulent, le respect est gagné et le flouze gonfle les poches. Un équilibre souterrain qui aurait pu durer, si ce n'est qu'un détraqué semble prendre un malin plaisir à assassiner les travs de manière plutôt perverse. Pas bon pour le business...

Johann Zarca, le blogueur du Mec de l'underground, peint l'activité nocturne du mythique Bois de Boulogne avec un réalisme trash. Habitué des lieux, ancien petit dealer de quartier, l'auteur semble accorder une affection particulière aux marginaux de tous horizons qui évoluent dans les allées du Bois. Dans une démarche quasi-naturaliste, il liste leurs habitudes, décrit leur quotidien souvent malsain sans aucune pointe de jugement. Ces freaks des temps modernes, qu'on préfère garder dissimulés au profit d'une image diurne, familiale et bucolique du Bois de Boulogne, sont pourtant bien réels. Ils vivent dans notre monde sans toutefois en faire vraiment partie. Surtout, ils révèlent la face cachée, les travers et limites de nos sociétés occidentales contemporaines.

Plus qu'une frange marginale de la population, c'est tout un mode de vie auquel rend hommage l'auteur, jusque dans son style littéraire. Le roman est entièrement écrit en jargon banlieusard, comme craché par un mec enragé du 93, un langage qui peut sembler une langue étrangère au néophyte, bien que Johann Zarca veille à ne pas perdre son lecteur avec un argot trop obscur.

Même si la dernière partie de l'intrigue peut paraître rapide et un peu évidente - on sent poindre le coup de théâtre final, l'intérêt du roman est ailleurs. Le style et le sujet sont assez inédits pour susciter la curiosité, à l'image du blog de l'auteur, provocateur et second degré.

Landry NOBLET

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Le Boss de Boulogne, Johann Zarca, 180 p., Don Quichotte, 2014.