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François Guérif est une personnalité incontournable de l'univers du "noir", écrit ou filmé. Editeur, fondateur de la célèbre collection Rivages/Noir, on lui doit la découverte en France d'auteurs-phares du roman noir américain, Jim Thompson ou James Ellroy, entre autres. Ce dernier a refusé d'ailleurs qu'un autre que Guérif publie L.A. Confidential en français. Le genre d'anecdote qui en dit long sur l'intégrité du bonhomme et son professionnalisme passionné. Editeur, toujours, on lui doit également la création de Rivages/Casterman/Noir, associé à Alexis "Matz" Nolent, où paraissent des adaptations en bande dessinée de certains titres du catalogue Rivages/Noir. Critique et théoricien du cinéma, enfin, il est l'auteur de la bible francophone du film noir, genre américain s'il en est.

Cet ouvrage, paru pour la première fois en 1979, est vite devenu une référence, mais s'est également avéré rapidement épuisé. L'occasion a été donnée à l'auteur de l'actualiser en vue d'une réédition à la fin des années 1990. Après lecture, on peut d'emblée réaffirmer le caractère incontournable de la chose, pour qui s'intéresse au genre.

Dans une approche universitaire, l'auteur fait la synthèse de tous les écrits marquants sur le sujet. Il réutilise les jalons savamment posés par ses prédécesseurs, s'inscrivant dans une tradition française - le terme "noir fiction" n'a pas exactement le même sens aux Etats-Unis, ne pouvant faire fie des recherches déjà menées. Mais il ne se contente pas d'empiler les références et citations, loin de là. Il distille des réflexions personnelles, élargit certaines pistes ouvertes par d'autres, et démontre à merveille comment un genre à pu évoluer à un point tel qu'il n'en est plus un. Mais qu'est donc le "noir", qui ne se limite pas au septième art ? Vaste question, à laquelle il est difficile de répondre en peu de mots. Guérif met près de 400 pages à définir seulement le film noir hollywoodien, c'est dire...

Il prend soin de remettre son propos en perspective, remontant à l'époque du cinéma muet pour y distinguer des œuvres annonciatrices d'un genre qui naîtra en tant que tel dans les années 1940, découlant des gangsters movies de la décennie précédente. Il s'attarde ensuite longuement sur l'âge d'or du genre, des années 1940 aux années 1960 : l'époque des adaptations des premiers romans hard-boiled (durs-à-cuire) de Hammett et Chandler. Humphrey Bogart représente alors la figure du privé dans son essence. L'auteur décrit ensuite le tournant radical qui s'est opéré dans les seventies, marqué par l'apologie d'une justice expéditive qui s'affranchit des lois (Dirty Harry, Un Justicier dans la ville...), avant d'aborder les tendances néoclassiques des années 1980, puis les hommages maniéristes et postmodernes des années 1990 (Tarantino, Ferrara, Dahl...).

Un travail passionné et passionnant, quasi-exhaustif et richement illustré, qui ne verse jamais toutefois dans le catalogage stérile. On ne peut souhaiter qu'une chose : que le bouquin s'épuise à nouveau, ce qui donnerait l'occasion à Guérif d'y ajouter une partie sur les années 2000 en vue d'une réédition future.

 

Landry NOBLET

 

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Le film noir américain, François Guérif, 414 p., Denoël, 1999.