IMG_0860« Il » est thanatopracteur. Mais ce n'est pas pour ça qu'il tue des gens. Des femmes, plus précisément douze en trois ans. Non, s'il tue ces femmes, c'est pour sa mère, pour Noël, pour son anniversaire, pour la fête des mères. Jusqu'au jour où « elle » arrive à l'hôpital. « Elle » n'est pas morte, mais il s'en est fallu de peu. Overdose. « Il » l'attendait, « elle », l'ange, et « elle » est là, près de lui. « Il » va s'occuper d' « elle », peut-être jusqu'à adopter une vie normale, sans meurtre. Peut-être...

Bonne Fête Maman ! fait partie de ces albums ovnis, difficiles à conseiller de par leur propos choquant et violent, donc des succès commerciaux et critiques moindres. Ce genre de choix est une prise de risques pour les auteurs, en même temps qu'une preuve d'intégrité. Car Bonne Fête Maman ! est une bande dessinée aboutie, faite par des auteurs qui aiment leur moyen d'expression et savent en utiliser les possibilités (Moynot a repris les adaptations de Burma à la suite de Tardi). Ce genre de scénario ne peut être que très personnel, loin du boulot de commande, et induit une relation basée sur confiance et complicité entre les auteurs et leur éditeur, qui ne pouvait que savoir qu'il se lançait dans un projet casse-gueule qui n'allait sûrement pas regarnir sa trésorerie pour bien longtemps. Tout le monde a joué le jeu pour qu'une telle bande dessinée existe et soit le plus fidèle possible à l'idée qu'en avaient les auteurs. Dieter met son lecteur mal à l'aise avec ce personnage dont le quotidien nous semble vite normal, pas plus tordu que certaines idées qui nous passent tous par la tête. En peu de pages, ce tueur en série dément devient notre ami, voire nous. Il est même capable de sentiments positifs, il n'y a qu'à voir les efforts qu'il fait pour venir en aide à une inconnue. Le scénariste fait un habile parallèle entre le quotidien sordide et meurtrier de ce personnage, et le quotidien morne du commun des mortels. Le trait gras et épais, mais réaliste de Moynot soutient la noirceur du propos, tout en maintenant une certaine proximité entre lecteur et personnage. Ses vues de Paris et de sa banlieue entretiennent le côté quotidien du récit, conférant même une certaine humilité à la vie du protagoniste, pourtant (et heureusement!) peu ordinaire. « Il » coupe un doigt à ses victimes, nous y passons un anneau d'or. Mais le but est le même : s'approprier l'autre...

 

Landry NOBLET

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Bonne Fête Maman !, Dieter (scénario) & Emmanuel Moynot (dessin), 62 p., Casterman, 1998.