IMG_0791Bastien Vivès est la nouvelle coqueluche de la bande dessinée. Il n'y a qu'à voir le récent succès de Polina. Malgré les qualités narratives évidentes et le dessin très évocateur de cet album, je reste invariablement plus sensible à une histoire de cul qu'au destin d'une danseuse classique. Chacun ses préoccupations...

Bastien Vivès signe donc le nouvel opus de la collection BD-Cul des Requins Marteaux. Après Aude Picault, Hugues Micol et Morgan Navarro, il impose à son tour sa marque de fabrique avec une histoire inclassable et déstabilisante, pas dénuée de fond. Non sans humour, Vivès oppose une ruralité faite de labeur, de méfiance vis à vis du progrès et de bonnes intentions (au sens noble du terme) à une élite perverse et corrompue (le clin d'oeil est dans le titre). Handicapée par une poitrine trop conséquente, Magalie doit laisser de côté le quotidien de la ferme pour recourir aux services de divers médecins. Plutôt que de soulager la jeune femme, ils verront là une occasion de réaliser leurs fantasmes. Les scènes pornos arrivent de manière tranchante et abrupte, non consenties, en une seule grande case (non sans rappeler – et dénoncer – la plupart des films X) où la naïveté de l'héroïne est exploitée plutôt que valorisée.

A l'inverse, l'initiation sexuelle du jeune petit frère, que la nature a particulièrement gâté, est elle beaucoup plus lente, douce et ingénue (excitante ?), malgré l'ombre planante de l'inceste.

Le récit tourne au roman noir torturé quand le père de famille décide de punir les auteurs de ces viols collectifs. Les punir par où ils ont péché... Ce règlement de compte intervient avant un final où une image féministe précède un épilogue qui dessine un sourire sur le visage du lecteur.

 

Landry NOBLET

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Les Melons de la colère, Bastien Vivès, 180 p., Les Requins Marteaux, 2011.