IMG_0793Quand on s'intéresse aux comics et aux livres de cul, difficile de passer à côté des Tijuana Bibles. Ces petits fascicules pornos, à peu près de la taille d'une carte bancaire, en format à l'italienne, ont inondé le territoire américain entre la crise de 1929 et les années 50. Certains titres ont été tirés à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires et on dénombre entre 700 et 1000 titres différents. Anonymes, non signés, distribués illicitement sous le contrôle du crime organisé, ces ancêtres des comic-books modernes (les histoires ainsi publiées étaient inédites et non issues d'une prépublication) ont assuré l'éducation sexuelle des baby-boomers. Très courts (une seule case par page sur, en général, huit pages), ces récits allaient directement à l'essentiel : une rapide mise en place, puis une scène de cul. On retrouvait souvent des personnages connus, fictifs ou pas, comme Betty Boop, Popeye, Staline, Mickey ou encore Bonnie Parker ou Clark Gable. La qualité graphique n'était pas toujours au rendez-vous, mais on y trouvait certaines expressions truculentes et des situations parfois très cocasses, qui ont fait le charme de ce genre de productions (une petite pour la route : « Abje Assulbum prend son pied quand sa poule pisse dans une tasse d'étain en sifflotant Les gars de la marine. Il prétend que cela produit une musique céleste »). Certains grands noms du comics underground revendiquent l'influence de ces eight pagers, comme Art Spiegelman.

Ces fascicules sont aujourd'hui de véritables pièces de collection. Mais, grâce aux éditions Allia, il est possible de les découvrir à travers les deux volumes de Dirty Comics, qui compilent une vingtaine de ces titres.

 

Landry NOBLET

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The Dirty comics (deux volumes sous coffret), compilé et traduit de l'anglais (USA) par François Escaig & Giulio Minghini, 128 p. par volume, Editions Allia, 1999, 2004, 2011.