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Herbert Ragemoor vit et veille sur son domaine depuis des lustres. Excepté son père, fou, qui erre nu dans les couloirs du château, seul le majordome, Bodrick, accompagne le jeune homme. Jusqu'au jour où la venue de son cupide oncle, accompagné de sa charmante descendance, vient troubler leur routine. Car le parent semble plus intéressé par le contenu du sous-sol du lieu que par les retrouvailles familiales. Mais c'est sans compter sur les étranges créatures qui se terrent dans l'obscurité de la demeure. D'autant plus que la bâtisse semble être une entité à part entière, vivante...

Strnad et Corben, dont la première collaboration remonte aux années 1960-70, s'inscrivent ici dans une pure tradition d'horreur gothique, non sans rappeler Poe, Lovecraft ou Stoker, tout en y ajoutant un érotisme latent et un second degré potache. L'histoire en elle-même n'offre rien d'inédit, mais un charme certain s'en dégage, propre aux qualités artistiques des deux auteurs. Le trait de Richard Corben est identifiable dès le premier regard. On aime ou on déteste. Les arrière-plans, quand ils ne sont pas inexistants, montrent des décors souvent minimalistes. On comprend vite que ce qu'il préfère dessiner reste les personnages, plus particulièrement leur faciès. Les visages sont empreints d'une perversion libidineuse, les regards suggèrent la folie la plus profonde. On sent que Corben est dans son élément avec ce genre d'ambiance, même s'il nous a déjà offert des planches (encore) plus abouties. Mais ne boudons pas notre plaisir de retrouver cet auteur à notre goût trop rare et ses qualités de metteur en scène toujours aussi indéniables, notamment son découpage aéré - on dépasse rarement les six cases par planches - qui confère fluidité et rythme au récit. Certes, l'album a été pensé pour le format comics, mais l'agrandissement proposé pour cette édition en français ne fait que renforcer l'intensité des planches de Corben. A bientôt 75 ans, le dessinateur, fervent utilisateur de l’aérographe dans les années 1970, n’a pas peur d’utiliser l’outil informatique pour créer ses textures uniques, qui contribuent à caractériser son style autant que son encrage. A quand la prochaine nouveauté ?...

Landry NOBLET

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Ragemoor, Jan Strnad (scénario) & Richard Corben (dessin), traduit de l'anglais (USA) par François Truchaud, 120 p., Delirium, 2014.