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Lorsqu'on évoque le tatouage traditionnel, on pense instinctivement à l'irezumi japonais, au tatouage polynésien ou autre forme de tatouage plutôt exotique. Pourtant, il existe une forme occidentale de tatouage classique, née dans les bagnes nord-africains et les ports. Ces deux écoles de la peau encrée présentent chacunes des caractéristiques propres, au niveau du symbolisme de l'acte commme des motifs choisis.

Dans Les vrais, les durs, les tatoués, les auteurs Jérôme Pierrat et Eric Guillon (respectivement rédac-chef et journaliste à Tatouage Magazine, deux larrons qui connaissent leur sujet) reviennent sur le tatouage de bagnard. Biribi n'est pas un lieu. C'est une appelation générique qui désigne les prisons militaires situées en Afrique du Nord jusqu'à la fin de la colonisation. Les occupants des lieux ne sont donc pas des tendres, comme le souligne le titre, même s'il était parfois plutôt vite fait de partir pour quelques mois dans ce genre d'endroits. Une bête parole plus haute que l'autre pouvait être considérée comme un acte d'insubordination passible de plusieurs mois de travaux forcés sous le soleil saharien. Si les conditions de vie des prisonniers s'avéraient extrêmes, les techniques de tatouage en allaient de même. Le tracé se faisait à la lame de rasoir, ou tout autre objet tranchant. On passait de la suie sur la plaie et on rinçait à l'eau savonneuse. Nuances de gris et couleurs étaient obtenues à l'aiguille, les pigments étant extraits de briques pilées ou de bleu de méthylène. On était alors bien loin des conditions d'hygiène aseptisées d'aujourd'hui, en témoigne un survivant de ces camps qui s'est retrouvé hospitalisé suite à l'apparition de dizaines de furoncles sur son dos. En plus, les tatoués devaient dissimuler leurs ornements malgré les travaux physiques qu'ils accomplissaient. En effet, les tatouages étaient interdits et donc susceptibles d'allonger une peine ou d'envoyer le prisonnier au trou.

Souvenir d'un moment de vie terrible, le tatouage de bagnard est constitué de certaines motifs récurrents. Les femmes, absentes, sont souvent représentés, comme certains dessins propres à une division militaire ou à une prison en particulier : le crâne croisé avec l'ancre, la grappe de raisins.... Les lettrages fatalistes étaient aussi répandus : Fatalitas, Enfant du malheur, Victime de l'injustice... Dans cette catégorie, notons certains éléments plus grivois souvent observés sur le bas-ventre des détenus : Robinet d'amour, Plaisir pour dames, par exemple.

Voilà certains points détaillés par les auteurs dans le présent ouvrage, qui fait aussi place belle aux photos d'époque. Pour ceux qui veulent connaître l'autre facette du tatouage traditionnel occidental, les mêmes auteurs ont également rédigé un essai intitulé Les Gars de la marine, qui traite de la tradition du marin encré.

Landry NOBLET

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Les vrais, les durs, les tatoués - Le tatouage à Biribi, Jérôme Pierrat & Eric Guillon, 112 p., Editions Larivière, 2004.