punisher max 2

Le scénariste Jason Aaron, en reprenant le Punisher sous le label Max, la collection adulte de la Maison des idées, reprend aussi la démarche d'un Miller sur Batman. Il s'affranchit de la continuité de la série et dévoile un personnage vieilli, mal en point et en proie aux questionnements, fait notable tant le lecteur est habitué à son comportement expéditif – c'est un euphémisme. Dans les deux premiers volumes, Aaron prend le temps de planter l'univers et son aura et de définir le rôle de chaque personnage. Le Caïd sera l'ennemi du Punisher, sa cible première. Un Bullseye particulièrement azimuté sera l'obstacle à franchir, imprévisible et extrême. Un tel casting engendre forcément son lot d'action et de gore. Les scènes de gun fights et autres bastonnades sont d'une inventivité rafraîchissante et toujours fluides et certains passages bien saignants apportent une dose bienvenue de grand-guignol. Le ton est donné. Puis arrive un troisième volume comme un tournant à angle droit. À l'affrontement divertissant vient s'ajouter une sorte de psychanalyse du personnage. Au travers du rôle de Bullseye, Aaron revient sur le passé du Punisher. La révélation qu'il a connue au Vietnam, quand il s'est découvert un goût renforcé pour le meurtre. Le rôle-clé du massacre de sa famille, événement déclencheur de sa carrière de justicier autoproclamé. Quand et comment est-il devenu un être prêt aux pires extrémités. Sa mission peut-elle supporter quelque limite que se soit ?... Le scénariste creuse, décortique chaque aspect de cet être de papier, créant une empathie nouvelle en nous dévoilant qui est Frank Castle quand il ne porte pas son tee-shirt à la tête de mort. On aura rarement vu une trame si subtile pour un récit mettant en scène un héros qui n'a jamais entendu le mot finesse. Pour couronner le tout, la partie graphique est assurée par un M. Steve Dillon au meilleur de son art. Sa ligne claire vicieuse et son sens du découpage explosent dans ce récit aussi passionnant qu'amusant pour qui n'a pas peur de la vulgarité et des éviscérations.

Landry NOBLET

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PunisherMax, Jason Aaron (scénario), Steve Dillon (dessin) & Matt Hollingsworth (couleurs), traduit de l'anglais (USA) par Nicole Duclos, 4 volumes, 120/140 p. par volume, Panini Comics, 2011, 2012.

NB : la série compte en réalité 5 volumes. Le troisième est constitué d'histoires courtes dont la lecture n'est pas nécessaire à l'histoire. Seule la lecture des volumes 1, 2, 4 & 5 suffit.