IMG_1283

Pike n'a pas eu une vie exemplaire. Loin de là. Mais aujourd'hui, il tente de se racheter une conduite, revenu dans son bled natal des Appalaches. Accompagné de Rory, son seul ami, un jeune paumé qui boxe comme personne mais n'a droit qu'à de minables combats, il enchaîne les petits boulots, rendant service à qui en a besoin. Mais une visite inattendue va venir troubler ce quotidien déjà précaire. On lui apprend que sa fille Sarah, qu'il a perdue de vue depuis longtemps, vient de mourir d'overdose. Qu'elle avait une fille. Et qu'il est le seul proche qu'il lui reste. Le voici donc grand-père, devant s'occuper d'une gamine de douze ans qui fume comme un pompier et jure comme un charretier... De gros changements en perspectives, d'autant plus que la mort de Sarah semble louche et qu'un flic corrompu et abject semble porter un intérêt des plus malsains à a fillette...

Pike fait partie de ce genre de récits où l'atmosphère et le style priment sur l'intrigue. Encore une fois dans le roman noir, l'enquête proprement dite aurait pu faire l'objet d'une courte nouvelle. Mais c'est tout ce qui l'enrobe qui constitue l'intérêt du bouquin. Pour un premier roman, Benjamin Whitmer frappe très très fort. Il nous fait ressentir le froid crasseux des Appalaches, la misère des restau-routes, la crasse des squat de junkies et le vice de certains esprits tordus. Il manie les figures de style avec brio, toutes plus ternes les unes que les autres, subtiles mais jamais ampoulées. Dans ce récit où tout semble recouvert d'une épaisse couche de rouille tenace, une violence crue et saignante éclate dans certaines scènes, froide et sans états d'âme, à l'image d'un Pike prêt à tout pour élucider la mort d'une fille qu'il n'a jamais été à même d'aimer. Et bien décidé à se rattraper en élevant sa petite-fille dignement. Il rend justice lui-même, selon ses propres principes, et affronte un flic à l'esprit dégénéré digne du Lou Ford de Jim Thompson. Les chapitres sont courts et s'enchaînent à la vitesse d'un uppercut, l'enquête vire à la vendetta sans lâcher le lecteur pris dans un tourbillon de noirceur et de désespoir qui serre la gorge et tord le poignet jusqu'à la dernière phrase. Peut-être alors aura-t-on droit à une mince lueur d'espoir. Peut-être...

Landry NOBLET

 

IMG_1286

 

 

Pike, Benjamin Whitmer, traduit de l'anglais (USA) par Jacques Mailhos, 272 p., Gallmeister, 2012.