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À l'instar de Bukowski et de son récurrent Hank, Mark SaFranko se raconte à travers un personnage, toujours le même : Max Zajack. Il (sur)vit dans des chambres miteuses du New-Yersey, rêvant d'écrire le roman d'une vie. Mais, en réalité, il enchaîne les petits boulots merdiques. Parfois, il se dégote bien un concert dans un rade pourri – car l'homme a aussi des velléités musicales, un artiste – ou un boulot de correcteur de faits divers dans un journal de seconde zone. Puis il rencontre Olivia Aphrodite – Livy – et en tombe amoureux au premier regard. Leur passion commune pour l'écriture et les mots va rendre leur amour aussi intense que le sera leur déchéance...

Dans la lignée des grands écrivains marginaux, qu'il cite volontiers, Mark SaFranko dépeint le quotidien d'un loser qui se prend pour un génie, ou l'inverse. Comment il ne peut garder un job quel qu'il soit, comment il dévore les livres, désireux d'un ailleurs qui n'existe que dans les méandres de son imagination. Il se dit écrivain, rêve de son chef-d’œuvre, mais n'aligne que rarement les mots. Quiconque a déjà tâté de près ou de loin à l'écriture ne peut que comprendre les doutes et angoisses décrits par l'auteur. Tout comme n'importe qui a connu l'amour-passion ne peut qu'être touché par l'autre facette du roman. Celle où est racontée cette symbiose entre deux êtres qui refusent le système imposé. Deux idéalistes qui ont parfois peur d'agir. Mais qui connaissent une histoire fusionnelle intense. Jusqu'à l'inévitable, le délitement sournois qui va virer à la torture quotidienne. Quand la confiance absolue a cédé la place aux coups bas les plus mesquins.

Avec cette autofiction qui n'a certes rien de très novateur pour qui connaît un tant soit peu ce genre de littérature nord-américaine, SaFranko propose néanmoins des réflexions bien posées sur la création et la passion amoureuse, témoignant d'un sens de la formule certain et d'un raffinement littéraire qui crée un décalage bienvenu entre un propos désespéré et une écriture toujours soignée et pleine d'un recul qui confère à l'humour. Encore une belle petite trouvaille due aux éditions 13ème Note.

Landry NOBLET

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Putain d'Olivia, Mark SaFranko, traduit de l'anglais (USA) par Nadine Gassie, 320 p., 13Note Editions, 2009.