IMG_1131Moon Knight n'est pas le héros costumé le plus passionnant. Un justicier ressuscité par la lune pour lutter contre le crime. Remis au goût du jour par Marvel il y a quelques années dans une version gothique stylisée peu passionnante elle-aussi, le titre est ensuite confié à un duo à qui l'on doit certaines des meilleurs années de Daredevil, messieurs Brian Michael Bendis et Alex Maleev. Même si, ces derniers temps, on sentait une certaine baisse de régime dans leur lancée. Leur Spider-Woman était plutôt raté à tous points de vue, et même si le premier volume de Scarlet reste une lecture agréable, on est loin de l'intensité noire des Daredevil. Jusqu'à aujourd'hui, en tous cas, alors que paraît le premier volume de ce Moon Knight nouvelle mouture. Marc Spector – l'alter-ego du justicier – vit à Los Angeles, et fait fortune en produisant un série télé bas de gamme mais populaire. Le costume est au placard. Sauf que le Vengeurs, depuis New-York, ont un autre avis sur l'attitude à tenir pour un super-héros, et viennent rappeler leur collègue expatrié à l'ordre. Il faut reprendre L.A. en main, d'autant plus qu'il semble y avoir un nouveau super-caïd, qui traficote d'insolites marchandises. Les Vengeurs garantissent aide et soutien au Moon Knight, même s'ils ne sont que le pur fruit de ses hallucinations schizophrènes...

Avec cette trame complètement à contre-courant des motifs gothiques inhérents au titre, on retrouve un Brian Bendis des grands jours, au meilleur de sa forme. Il transforme une série de super-héros plutôt terne en un roman noir psychotique et baroque, usant des dialogues cinglants qui ont fait sa renommée, autant que de son sens pour le moins hollywoodien du découpage. Notons d'ailleurs que pour une fois, l'histoire se déroule ailleurs qu'à N.Y., en l'occurence dans cette autre cité mythique chère au roman noir, la ville où les piétons sont bannis et où les déçus d'Hollywood se retrouvent : Los Angeles. Les personnages principaux sont tous prisonniers de leurs psychoses à différents degrés, les Vengeurs – Wolverine, Captain America et Spider-Man – interviennent sans qu'on sache jamais vraiment si Spector hallucine ou s'ils sont réellement présents. Il est parfois surpris lui-même que les gens qui l'entourent les voient aussi, comme s'il ne pensait jamais les retrouver qu'au travers des créations de son cerveau malade. Il semble suivre cette histoire avec un détachement onirique, perdu dans les méandres de ses égarements. Mais, soutenu par une autre héroïne écorchée, il entend bien assumer l'enjeu de sa mission.

Que dire des planches d'Alex Maleev, si ce n'est que non content d'être un des meilleurs dessinateurs de comic-book de la décennie écoulée – on lui pardonnera Spider-Woman autant qu'à Bendis, il continue d'affiner son style tout en en conservant les atouts, dans un registre plus brut où prime toujours la lisibilité ?

Le soleil revient, l'occasion de s'installer confortablement pour savourer le retour en fanfare d'un duo marquant de la bande dessinée américaine.

 

Landry NOBLET

IMG_1138 

IMG_1139

 

 

Marvel Knights' Moon Knight t.1/2 - Vengeur, Brian Michael Bendis (scénario), Alex Maleev (dessin) & Matthew Wilson (couleurs), traduit de l'anglais (USA) par Khaled Tadil, 176 p., Panini Comics, 2012.