IMG_1126Tout est dans le titre. Jean-Claude Götting, loin d'être un nouveau venu dans le monde de la bande dessinée – il publiait déjà chez Futuropolis première mouture, refuse cependant de s'endormir sur ses lauriers. Il se prête avec Noir à un double exercice de style, formel et thématique.

L'objet, d'abord, est un hommage aux pulps d'antan : format poche, papier médiocre, impression aléatoire, noirs plus gris que noirs, couverture souple, rapidité de lecture, narration non linéaire. Le trait peint, épais et gras, combiné aux défauts d'impression, rajoute une dimension au côté cheap de la démarche. On retrouve l'esprit jetable, "à consommer de suite", des littératures de gare. Ou des mangas japonais, le format étant exactement le même.

Sur le fond, l'auteur reprend tous les codes du roman noir et du film noir traditionnels, avec pour fil la chute brutale d'un immigré polonais, exilé aux USA, d'abord garagiste – viré, puis plongeur – viré, et enfin exécuteur des basses œuvres du parrain local. Sauf que notre homme n'est pas un tueur, juste un pauvre gars révolté. On retrouve le flic justicier, qui débarque en plein procès pour balancer ses preuves sur la table. L'ombre d'Humphrey Bogart n'est pas si loin. La traditionnelle femme fatale, l'épouse du parrain, lubrique et infidèle, se vautre dans le luxe mais aime s'encanailler avec les petites gens (les hommes de son mari, le technicien chargé de l'entretien de la climatisation...). Et la victime de l'histoire, l'immigré polonais que l'American dream évite méthodiquement, dont la colère et la haine contenues exploseront malgré lui, l'amenant à envisager des actes qui ne lui ressemblent pas, violents, motivés seulement par l'argent. Actes qu'il ne parviendra pas à réaliser, tuer un inconnu se révélant plus compliqué que prévu, mais qui le mèneront malgré tout droit à la chute, au propre comme au figuré.

Rien de bien novateur dans tout cela, certes, mais Götting prouve une nouvelle fois son talent et sa volonté artistique, avec ce qui relève autant de l'hommage néoclassique que de l'exercice de style.

 

Landry NOBLET

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Noir, Jean-Claude Götting, 158 p. Barbier & Mathon, 2012.