IMG_1055Le 10 mars dernier, le monde de la bande dessinée, et plus largement le monde de l'art et de la culture, perdait un de ses géants, Jean Moebius Giraud. Dessinateur de Blueberry sous son vrai nom, auteur de science-fiction avant-gardiste et co-fondateur de Métal Hurlant, il a révolutionné la bande dessinée sous son pseudo. On lui doit la première bande dessinée sans texte (Arzach), il est le premier à avoir pensé dessiner sans scénario préalable (Major Fatal), il a préfiguré le futur sale et rouillé popularisé par le film Alien dans ses toutes premières histoires courtes... Les exemples de son génie ne manquent pas. Il n'y a qu'à voir ses dessins, qui racontent plus que certains auteurs avec une multitude de mots, empreints d'une puissance évocatrice sans commune mesure.

Le magazine dBD, dans son dernier numéro, lui consacre un dossier-hommage constitué d'entretiens avec ses proches, le tout sous la houlette du rédac-chef Frédéric Bosser. On y découvre ainsi certaines facettes méconnues de sa personnalité, les arguments se recoupent pour dire que beaucoup l'ont côtoyé, mais peu l'ont vraiment connu. On découvre à quel point l'homme était mystérieux, et solitaire. Au-delà de ces aspects biographiques finalement anecdotiques, ce dossier est surtout l'occasion de revenir sur son œuvre, inégalable et inégalée. A travers des témoignages d'amis et de collaborateurs, l'occasion est donnée d'en apprendre plus sur certains pans plus méconnus de sa carrière. Mézières évoque ses débuts à l'époque des Arts Appliqués, expliquant comment le génie transpirait déjà chez ce jeune homme de seize ans. Michel Gillet et Sylvain Despretz décortiquent ses nombreux travaux pour le cinéma, même les moins connus car non-aboutis. Jean Annestay nous parle de ses carnets de dessins pornos-trash, qu'il détruisait au fur et à mesure qu'il les réalisait. Jean-Marc Lofficier évoque sa carrière outre-Atlantique. Manœuvre et Dionnet nous replongent avec une nostalgie toute singulière dans l'épopée Métal Hurlant. Entre autre. Chacune des personnes interrogées semble profondément touchée par cette disparition, chacune à sa façon. Mais ce qui transparaît, c'est le profond respect que tous accordaient à l'artiste. On le sent dans la franchise et la précision des réponses, comme si chacun faisait son maximum pour ne pas passer à côté de l'essentiel, et rendre un hommage à la mesure de l'oeuvre. Tous ouvrent leurs tiroirs et dévoilent des dessins jamais publiés, offerts par Moebius directement, l'occasion de voir des vrais petites pépites réalisées il y a bien des années.

Un dossier réalisé avec un soin tout particulier, consacré à un artiste unique, où même les aficionados découvriront une illustration ou une anecdote dont ils ignoraient l'existence. Un sacré bon boulot de journaliste. Merci à Frédéric Bosser pour ça, et so long mister Moeb...

 

Landry NOBLET

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dBD n°63, mai 2012, 96 p.