IMG_0983Simon Pooni est un jeune garçon de douze ans atteint de sclérose en plaques. Ses amis l'ont peu à peu lâché, certains vauriens le harcèlent, sauf Chris, qui continue de l'accompagner une fois par semaine au cinéma. Ce que Simon préfère, ce sont les films mettant en scène Superior, son idole, un super-héros d'un autre temps, à l'image de Superman (Mark Millar ne se cache pas de l'influence). Le genre de personnage pour qui les principes ont encore un sens, animé par une réelle volonté bienfaisante, même si cette morale manichéenne semble déplacée dans notre monde moderne. Son ami Chris préfère, lui, James Bond ou Jason Statham...

Une nuit a priori comme les autres, Simon Pooni va se voir proposer un vœu par un primate de génie. Son choix ? Devenir Superior... Il va se réveiller avec les traits de l'acteur qui incarne le personnage depuis des années, investi des pouvoirs du héros de fiction...

Ou si, au lieu de raconter les aventures de Superman, on racontait celle de Christopher Reeves, l'acteur devenu tétraplégique qui a été l'homme d'acier pendant presque dix ans sur grand écran. Mark Millar, dans le prolongement de sa réflexion/déconstruction du super-héros (Kick-Ass, 1985), rend ici un réel hommage à cet âge d'or de la bande dessinée américaine, revenant sur le contexte dans lequel ont été créés ces surhommes, dans une Amérique en crise. Ces personnages droits et justes redonnaient confiance aux lecteurs d'alors, preuves que tout espoir n'était pas perdu, qu'il restait quelque chose à sauver. Loin, très loin des anti-héros cyniques, brutaux et nicotino-dépendants d'aujourd'hui...

Au-delà de la référence, Millar aborde les changements sociétaux qui se sont produits depuis cette époque de l'âge d'or, dans notre vrai monde. Il prend un symbole de cet âge révolu, Superior, et le catapulte en plein 21ème siècle, à New-York... Le décalage entre cet être bourré de certitudes surannées et un monde contemporain, le nôtre, où tout le monde est en retard, ou le mot tabou n'a plus de sens et où les drogues se vendent en collège est évident... Après une brève description de l'entraînement du môme pour maîtriser ce nouveau corps, Mark Millar va vite le faire se frotter à de réelles situations d'urgence. Comme empêcher qu'un morceau de navette spatiale ne s'écrase en plein New-York. Imaginez l'incompréhension des témoins qui observent ce morceau de satellite flotter au-dessus de la ville, puis repartir dans une autre direction... Car, d'en bas, personne ne voit le petit bonhomme en collants qui soutien la navette... Puis arrivent les premières images, rassurantes, la population étant presque soulagée de l'arrivée de ce personnage indestructible qui ne cache aucune part d'ombre. « Tout le monde attendait avec impatience de voir les infos du soir ». Ou le retour d'une certaine forme de foi. Puis arrivent les premières questions. Et les premières nuances au tableau. Le manichéisme du héros risque de vite lui jouer des tours, ses certitudes étant parfois arrêtées et réductrices. Et le génie qui lui a offert cette métamorphose n'est peut-être pas si généreux... A suivre dans le second volume...

Le tout mis en scène par un Leinil Yu au trait élégant et modelé. La narration est parfaite. La preuve du talent d'un dessinateur qui donne le meilleur, sans jamais essayer de faire passer son dessin avant le propos. Chouette respect du scénario, du scénariste, et du lecteur !

 

Landry NOBLET

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Superior t.1 - Le Voeu magique, Mark Millar (scénario), Leinil Yu (dessin), Gerry Alanguilan, Jason Paz & Jeff Huet (encrage) & Dave McCaig, Sunny Gho & Javier Tartaglia (couleurs), traduit de l'anglais (Ecosse) par Benjamin Rivière, 104 p., Panini Comics, 2012.