IMG_0971« J'avais envie de m'amuser. » C'est ce qu'a déclaré Garth Ennis quand il a présenté son projet Jennifer Blood. Sauf que cet Irlandais de Belfast exilé à New-York rit de ce que le commun des mortels trouverait macabre ou choquant. Une manière de dénoncer, pour un maître de la provocation. Même si, il est vrai, Jennifer Blood relève avant tout du divertissement.

Le jour, elle est la bonne femme au foyer de la middle class américaine, puritaine, fée de logis, qui réfléchit juste assez pour être une bonne mère de famille, mais trop peu pour se rendre compte à quel point sa vie est ennuyeuse... Ca, c'est ce qu'elle laisse paraître le jour. Car, une fois la nuit tombée, son gentil mari et ses demeurés de gosses endormis à coup de dinde farcie au valium, Jen troque son tablier contre une combinaison-cuir façon S&M et devient Jennifer Blood. Une semaine, sept nuits, six meurtres au programme. Jennifer n'a pas toujours été maman Jen, son passé semble des plus troubles et une ultra-violente soif de vengeance semble l'animer depuis des années... Et c'est parti pour le journal intime de cette femme au foyer d'un genre nouveau.

Ces dernières années, l'auteur de l'incontournable Preacher, semble moins inspiré qu'à sa grande époque (à savoir les années 90 et le début des années 2000), en témoignent Crossed, histoire de zombies gore et fun, mais de facture plutôt quelconque, ou The Boys, sa nouvelle série-fleuve, outrageusement drôle au départ, puis vulgairement lassante par la suite (même s'il paraît que ça s'arrange, mais, par chez nous, on a abandonné cette lecture, peut-être à tort). Jennifer Blood s'inscrit dans la lignée de ces dernières productions, même si le côté uniquement divertissant de la chose semble ici complètement assumé. Autant on peut reprocher à The Boys de manquer de fond, voire de tourner en rond, autant Jennifer Blood est vendu pour ce qu'il est. A savoir une bonne histoire de vengeance, expéditive, violente, gore, grand-guignol, décalée, drôle de par la propension constante à l'exagération et à la démesure de Garth Ennis. On y retrouve toujours de la tripe à l'air, du sexe déviant et une justice à la Charles Bronson. Ceux qui en veulent plus, passez votre chemin, les autres, allez-y, vous n'en sortirez pas grandi, mais vous vous payerez quand même une bonne rigolade. Le changement de dessinateurs (trois en tout sur l'album) n'aide jamais vraiment la lecture, mais notons quand même le travail de qualité de Kewber Ball, toujours précis sans jamais donner dans le superflu.

 

Landry NOBLET

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Jennifer Blood - Une femme ne s'arrête jamais, Garth Ennis (scénario), Adriano Batista, Marcos Marz & Kewber Baal (dessin) & Romulo Fajardo Jr & Inlight Studios (couleurs), traduit de l'anglais (Irlande) par Françoise Effosse-Roche, 144 p., Panini Comics, 2012.