IMG_0922La surproduction menace la monde de l'édition. Trop de livres sortent, tous genres confondus. Même si l'on peut préférer les inconvénients du trop-plein à ceux de la pénurie, la proportion de bonnes choses restant constante, la proportion d'ouvrages non aboutis ou surfant sur une tendance s'est accrue. Les lecteurs se perdent dans cette offre multiple, qui nécessite une veille constante pour être suivie. Les libraires sont amenés à faire des choix, contraints par des exigences de place et de trésorerie. Il continuent de proposer des best-sellers pour pouvoir défendre des coups de cœur plus personnels. Pour l'instant, en tout cas. Les éditeurs indépendants qui tentent de proposer des œuvres plus marginales, moins rentables, plus audacieuses, survivent dans l'ombre des majors qui occupent une partie croissante du terrain culturel. Ajoutons à cela l'importance croissante du numérique que certains voudraient voir remplacer le papier. Nul besoin alors d'être paranoïaque pour se dire que cette tendance à la surproduction est calculée pour profiter au livre numérique. Cette même tendance ne peut qu'inquiéter les amoureux des livres, dont nous sommes. Quid du charme de l'objet livre, son odeur, sa texture, son poids face à une clé USB ? L'évolution des technologies informatiques ne rendra-t-elle pas le fichier livre obsolète au bout de quelques mois ? Et la durée de vie de tels fichiers est-elle garantie ?

L'autre danger lié à cette surproduction tient à l'uniformisation de l'offre, voulue par les majors, éditeurs comme points de vente type FNAC ou Virgin, qui aimeraient élaguer tous ces petits éditeurs qui soi-disant fragmentent et dispersent les lecteurs, au détriment des exigences de rentabilité qui motivent ces adeptes de la concentration. Ces électrons libres du livre, qui proposent des ouvrages parfois inclassables dans un genre précis ou dont le public est parfois difficile à définir, et dont l'intérêt ne sera prouvé (ou non) qu'avec le temps, constituent le cœur d'une offre éditoriale qui lutte contre la méconnaissance.

Face à ces menaces, il paraît essentiel de défendre l'édition et la librairie indépendantes, coûte que coûte. Les livres sont au même prix partout (loi Lang), donc préférons notre libraire de quartier à ces grandes surfaces dites culturelles. N'oublions pas toutes ces publications alternatives qui, indépendamment de leur qualité, permettent à chacun de trouver chaussure à son pied, où plutôt livre à son goût. Et affirmons haut et fort, avec les Éditions de la Différence que « pas plus que nous ne croyons qu'on se fait des amis sur les réseaux sociaux, ni que les échanges puissent être virtuels, même si le succès des sites qui promeuvent ces modes de relation ont fait la fortune de quelques cyniques démagogues flairant l'air du temps, nous ne pensons que le livre puisse se dématérialiser sans perdre sa qualité essentielle qui est d'être un objet de désir. »

 

Landry NOBLET

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Manifeste pour l'édition et la librairie indépendantes, Colette Lambrichs, 16p., Editions de la Différence, 2011.