IMG_0876Hector Belascoaran Shayne est détective privé à Mexico. Rien que ça, ça relève du défi. En plus, il a décidé d'accepter trois enquêtes à la fois. Trois sacs de nœuds, qui occupent bien les journées, mais aussi les nuits de l'enquêteur en manque de sommeil. Primo, retrouver la fille kidnappée d'une actrice ratée ; deuxio, résoudre le meurtre d'un cadre homosexuel d'une entreprise secouée par les mouvements sociaux ; enfin, retrouver quelqu'un censé être mort, un certain... Emiliano Zapata. Le privé, dans les rares moments de calme dont il dispose, a mieux à faire que dormir. Comme voir ses frères et sœurs pour régler l'héritage de leur mère qui vient tout juste de passer l'arme à gauche...

C'est dans ce joyeux foutoir que commence la seconde enquête du personnage de Paco Ignacio Taibo II, figure du polar mais aussi dissident politique, auteur d'une biographie du Che et d'un ouvrage co-écrit avec le sous-commandant Marcos. Le récit démarre sur ce triangle improbable, et rien ne va s'arranger. Car l'enquête va être tout sauf linéaire, vaguant au gré des pérégrinations du héros, des digressions de l'auteur et du hasard des rues de la folle Mexico. Même si ce côté fourre-tout amène à quelques longueurs, ce livre reste un bon polar hispanophone, par un auteur pilier du genre, qui aime sa ville jusque dans ses boyaux, autant qu'il la dénonce. Sa corruption, sa misère le répugnent, mais il aime ses habitants. Bancal, de plus en plus écorché, atteint physiquement, il se débat de son mieux dans ce marasme et mobilise toutes ses ressources pour protéger les victimes et balancer la vérité au grand jour, quitte à laisser des morceaux de lui-même en chemin. « Hector regarda le plafond et exhala la fumée. Il n'avait plus rien à donner, hormis sa solidarité. Un soutien entre paumés sur la même terre, dans ce même pays qui nous faisait et nous défaisait, nous prenait et nous larguait, et nous transformait en charogne, en pitance pour les vautours. Les yeux fixés au plafond, il suivait la colonne de fumée expulsée par les poumons. »

 

Landry NOBLET

 

Une interview de Paco Ignacio Taibo II sur L'Accoudoir.

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Cosa Facil, Paco Ignacio Taibo II, traduit de l'espagnol (Mexique) par Mara Hernandez & René Solis, 256 p., Rivages/Noir, 1994.