IMG_0868Saint-Jean est un petit bled perdu comme il en existe tant en France. « Un de ces villages où les chiens s'appelaient Rex et les chats Minou, où l'église se trouvait « Place de l'Eglise » et la mairie, « Place de la Mairie ». Il n'y avait plus grand chose, ici, plus grand monde. » Seuls deux commerces : le bistrot sans parasol où l'on ne sert que la prune maison, et « Edmond Ganglion & fils », les pompes funèbres. Même si Edmond n'a jamais eu de fils, son entreprise existe. Les gens du coin le connaissent, lui font confiance, mais ne meurent plus. Tous ceux qui devaient y passer sont six pieds sous terre, et personne ne trépasse prématurément dans le coin. Les affaires vont mal. A tel point qu'Edmond n'a pu conserver que deux de ses employés, le plus jeune, Molo, et le plus vieux, Georges. Le premier n'est pas contre quelques heures supplémentaires (non rémunérées, évidemment), et le second a tellement d'ancienneté qu'il n'a plus besoin qu'on lui dise ce qu'il doit faire. Encore faudrait-il qu'il y ait du travail. Mais tout vient à point...

« Edmond Ganglion & fils » est le premier roman du Joël Egloff, qui a reçu le Prix du Livre Inter quelques années plus tard pour un autre titre, L'Etourdissement. On retrouve d'ailleurs la même patte dans les deux livres. Les personnages se révèlent peu à peu sans se dévoiler, on hésite entre le taiseux et le débile léger, même si leur handicap principal reste leur manque d'expérience en mondanités et en relations humaines en général. Ils vivent dans des endroits reculés, n'en sont jamais sortis. Dans « Edmond Ganglion & fils », Mojo ne connaît même pas la région au-delà de son village. Il découvrira qu'il se vit près de la mer alors qu'il cherche désespérément le cimetière qui doit accueillir leur nouveau "client". Perdu, dans le corbillard, en compagnie de Georges et d'un cadavre sans nom, alors qu'il n'y a plus d'essence dans le camion, le récit va prendre des accents de voyage initiatique sans but, oscillant constamment entre burlesque et humour noir. Cependant, malgré le caractère indubitablement cocasse de certaines scènes, le lecteur, certes amusé, ne rira pas forcément aux éclats. Car si humour il y a, c'est pour mieux masquer le malaise latent dont est pénétré l'ensemble du roman, jusqu'à la conclusion de ce road-movie absurde, à la fois drôle et choquante. On retrouvera le même genre de sensations à la lecture de L'Etourdissement, quelques années plus tard.

 

Landry NOBLET

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« Edmond Ganglion & fils », Joël Egloff, 176 p., Prix Alain-Fournier 1999, Folio, 1999.