IMG_0840Pierre est gardien de nuit. Il surveille caves et parkings d’une résidence de banlieue. Pas le genre grand standing avec piscine, jardins et cours de tennis. Plutôt dans le goût cité dortoir bétonnée pour classe moyenne. Le boulot n’est pas passionnant, Pierre et ses collègues picolent pas mal. Mais Lherbier, le boss de Pierre, et le président de la copropriété, Voltic, ont mis en place un petit business qui permet de passer le temps et d’arrondir les fins de mois. Voltic repère les caves contenant des objets de valeurs, les vigiles les braquent et Lherbier s’occupe de fourguer la camelote. La police ferme les yeux. Simple et efficace. Sauf que Pierre est persuadé de se faire arnaquer par Voltic et Lherbier et décide de monter un coup en solo…

Bien connu des lecteurs de bandes dessinées sous le pseudonyme de Matz (Le Tueur, Du Plomb dans la tête…), Alexis Nolent signe ici son premier roman, paru initialement en 1993 chez Denoël (Résidence surveillée) et entièrement remanié pour cette nouvelle édition. Avec ses scénarios, l’auteur avait déjà prouvé ses talents de narration et de construction d’intrigue et il dévoile avec La Nuit du vigile ses qualités d’écrivain. Dans un style sec et tranchant, dépouillé de toute description, des lieux comme des personnages, Alexis Nolent emmène le lecteur directement à l’essentiel, son intrigue noire charbon, et ne le relâchera pas avant la dernière page de ce court roman qui se lit d’une traite. Les chapitres sont très brefs, toute fioriture a été soigneusement élaguée. Il règne une ambiance aseptisée et glauque, comme si on était auprès des personnages, entre quatre murs de ciment sous une lumière artificielle et vacillante. Les dialogues nombreux rythment le récit et laissent apparaître les relations entre les personnages et leur caractère malgré l’absence de description. Le récit à la première personne nous fait rentrer dans la tête du personnage, qui livre quand même quelques réflexions au passage. « Autour de moi, ceux qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui ont mis leurs scrupules dans un mouchoir et fait un nœud dedans. » On se fait vite happer par l’histoire et on se laisse embarquer jusqu’à son terme, sans reprendre sa respiration.

 

Landry NOBLET

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La Nuit du vigile, Alexis Nolent, 188 p., Rivages/Noir, 2011.