IMG_0823Arkestra, ville gangrénée par le crime, la drogue et le vice. Paco Rivera, ancien des stups recyclé à la brigade des mineurs après une affaire délicate, alcoolique, accro à la codéine, fan de Bartok. Sa partenaire, Gina, Antillaise, poitrine généreuse, coupe afro. Pauline, une ado disparue aujourd’hui entre les mains d’un réseau de prostitution qui fait dans les « commandes spéciales »…

Débute alors une enquête torturée, qui mènera Paco des entrailles putrides de la ville jusqu’aux plus hautes sphères corrompues, lui faisant croiser des flics ripoux jusqu’à l’os, des malfrats sadiques et manipulateurs, une psy qui ne sait pas cacher ses émotions, des ados tueurs chaussés de Nike Air et autres camés prêts à tout pour une dose. Une affaire aux accents de quête dont le héros ne sortira pas entier…

Ainsi commence le quatrième roman de Karim Madani, marquant une entrée percutante dans la mythique Série Noire. Elevé dans le Chinatown parisien, nourri à la culture populaire américaine, comics, rap, films noirs et black music, l’auteur a été chroniqueur free-lance pendant un paquet d’années avant de se mettre à la fiction. Issu de la street culture, Madani ne veut cependant pas donner dans le polar social à la française, le néo-polar post soixante-huit inauguré par Manchette et consorts. A l’image du roman noir américain, le récit de Madani est plus sociétal que social. Il ne veut pas tomber dans « une littérature trop MJC, trop sociale, caricaturale, une littérature d’assistante sociale. »*

Pour étayer son propos, Karim Madani crée une ville fictive, personnage à part entière, dont Le Jour du fléau constitue la première chronique. Arkestra, mélange de Sin City et de Gotham, située dans un pays fictif à mi-chemin entre France et Amérique du Nord. Une sorte de Los Angeles crasse, ce qu’il pourrait devenir d’ici quelques années, où le glauque fricote (se mélange ?) avec le trendy, où les laissés pour compte fument le caillou et les artistes s’en mettent plein les nasaux.

Des personnages typiques du polar urbain américain servent une intrigue bien montée aux rebondissements millimétrés. L’écriture est subtile, fine, allégorique, poétique, soignée, sophistiquée, parfois peut-être un peu trop. Mais l’alchimie prend, l’ambiance est posée et on se laisse embarquer dans les méandres poisseux d’une enquête tordue dans une mégapole qui ne l’est pas moins.

 

Landry NOBLET

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*Propos recueillis par Rue89. L'entretien :


Karim Madani, ville nouvelle du polar 1/2


Karim Madani, ville nouvelle du polar 2/2

 

 

Le Jour du fléau (Les Chroniques d'Arkestra t.1), Karim Madani, 304 p., Gallimard "Série Noire", 2011.