IMG_0814On a déjà parlé de Hellblazer dans les pages de L’écervelé. De l’explosif Hard Time. Retour sur la série avec des épisodes plus anciens, du début des années 90, lorsque le détective magicien cynique John Constantine doit faire face à un ennemi inattendu et sournois, un cancer du poumon. En phase terminale. Constantine fume comme une cheminée depuis qu’il a dix-sept ans et approche des quarante… Lui qui a l’habitude de se mettre sur la gueule avec des démons, le diable ou des sorciers urbains, se retrouve là bien pris au dépourvu… Et c’est ce qui fait prendre un tournant inédit au ton de la série, la rapprochant plus du roman noir que de l’ésotérisme occulte. Le caractère du héros, râleur, taciturne, grossier, expéditif, pessimiste s’y prêtant plutôt bien.

Dangereuses manies, c’est surtout l’avènement d’une carrière. Celle d’un scénariste, Garth Ennis. Cet Irlandais du Nord entamera, quelques années après, un morceau de l’histoire du neuvième art avec Preacher, folle saga de presque deux mille pages, qu’il écrira pendant plusieurs années*. C’est aussi l’histoire d’une rencontre, avec Steve Dillon, le futur dessinateur des deux milles planches de Preacher. Toutes les problématiques clés qui seront développées dans cette épopée, alors à venir, apparaissent déjà clairement dans Dangereuses manies, dans le même second degré irrévérencieux et tordu. Une grosse réflexion, tranchée mais sans réponses préfabriquées, sur dieu et la religion, car Constantine va quand même se frotter à quelques êtres célestes pour sauver sa peau. L’amitié qui tient une place quasi vitale, d’où l’importance de la préserver. Mais il y est aussi question d’amour, de rédemption, d’addiction, de justice… Et les femmes ! Ennis les représente souvent de la même manière : une main de fer dans un gant de fonte, mais un grand cœur ! Face à des héros qui sont de gentils machos, du genre « laisse, bébé, je m’en occupe » mais qui sont comme des bambins sans leur yupala dès que leur nana n’est plus là. Un vrai féministe, ce Garth ! Plus que ça, ce qui ressort de ce genre de comics de Garth Ennis, c’est son profond humanisme.

 

*On reviendra peut-être sur cette série, plus longuement, mais, en attendant, si vous en avez l’occasion, LISEZ-LA.

 

Landry NOBLET

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Hellblazer - Dangereuses manies, Garth Ennis (scénario), William Simpson, Steve Dillon & Mike Hoffman (dessin), encrage collectif & Tom Ziuko (couleurs), traduit de l'anglais (Irlande) par Jérémy Manesse, 207 p., Panini Comics, 2011.