IMG_0802Danijel Zezelj est plus un créateur d’ambiance qu’un raconteur d’histoire. Quoique… En créant des ambiances, il raconte des histoires. On retrouve son empreinte à chaque album, même si le ton n’est jamais exactement le même. Ce Croate exilé à Brooklyn a aussi travaillé avec des scénaristes, surtout américains. Car en plus d’être talentueux, il est international : ses albums sortent aussi bien en Europe qu’en Amérique, avant d’être traduits la plupart du temps.

Rex est une de ses œuvres de jeunesse, mais assez représentative de son univers. A travers le destin d’un flic emprisonné à tort qui va s’évader et se venger, il confronte les thématiques qui lui sont chères : l’amour et la mort, le sexe et la violence, le réalisme et l’onirisme. Il arrive à passer de la poésie au roman noir en une case, de la parabole évocatrice au polar urbain. L’intrigue est certes succincte, les dialogues quasi-inexistants (la plupart des textes sont extraits de Goin’ out West de Tom Waits) mais le talent de l’auteur éclate à chaque page dans un feu d’artifice de noir et blanc, de dessin au trait, de pochoir, de collages et autres patchworks graphiques. Une leçon d’esthétisme au sein de laquelle la narration n’est pas oubliée. Même sans texte, même dans les passages les plus abstraits, Zezelj raconte quelques chose au lecteur. Peut-être pas tout à fait scénariste, il est plus que dessinateur. La sauce ne prend pas à tous les coups, certains albums étant quand même un peu creux, mais la qualité graphique est constante et sa bibliographie compte malgré tout un certain nombre de petites perles, comme King of Nekropolis. Ou Rex

 

Landry NOBLET

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Rex, Danijel Zezelj, traduit de l'italien par C. Kopeczky, T. Will & M. Jans, 86 p., Editions Mosquito, 2001.