IMG_0799Le récit carcéral est devenu un genre à part entière. Animal Factory, Bad Boys (celui avec Sean Penn minot), Sans Rémission, Les Princes de la Ville et bien d'autres au cinéma ; Oz sur le petit écran ; Hellblazer - Hard Time en bande dessinée. Hard Time, c'est avant tout un casting. Au dessin, Richard Corben, ancien de Métal Hurlant, chef de fil de la bande dessinée devenue adulte dans les années 70, créateur de Den, maître d'univers peuplés de guerriers bien membrés et de femmes aux poumons surdéveloppés. Le tout enrubanné dans les nuances pastel et flashy de l'aéropgraphe. Tout une époque. Au scénario, Brian Azzarello, devenu scénariste par hasard mais qui maîtrise le polar comme peu d'autres. Lisez sa série fleuve, 100 Bullets, vous verrez... Et enfin, un (anti)héros, John Constantine, créé par Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta, From Hell...) dans les pages de Swamp Thing, personnage so british, fumeur invétéré, cancéreux, détective, magicien à ses heures perdues. Depuis le début, la série baignait dans une tradition britannique. La nomination d'Azzarello, américain pur souche, et d'un Corben revenu au bon vieux dessin au trait a donc fait l'effet d'un pavé dans la mare. Et quel pavé ! Pas besoin de connaître le reste de la série pour apprécier ce one-shot marquant. Du polar, du vrai, noir, poisseux et sans une once d'espoir, dans le propos comme dans le dessin tordu et bouffi mais dont se dégage une maîtrise hors du commun. Ou comment un Anglais blondinet va rendre folle toute une prison, le lieu, ses détenus les plus féroces et ses gardiens les plus pourris. L'intrigue est menée avec maestria, sans concession, les dialogues sont cinglants, aussi violents que le propos. La descente aux enfers est inéluctable. Du grand art, une oeuvre de génie.

 

Landry NOBLET

IMG_0801

 

Hellblazer - Hard Time, Brian Azzarello (scénario), Richard Corben (dessin) & James Sinclair (couleurs), traduit de l'anglais (USA) par Jean-Marc Lainé, 126 p., Editions de Toth, 2002.