IMG_0796« Liberatore est le meilleur dessinateur après Michel Ange. » C’est en tout cas ce qu’affirma Frank Zappa (oui, le rockeur) en 1982. Sauf que s’il avait peint le plafond de la chapelle Sixtine, ça en aurait fait jaser plus d’un… Liberatore est effectivement un des grands dessinateurs de la bande dessinée des années 80, mais dans un genre punk et provoc. En collaboration avec le scénariste Stefano Tamburini (mort dans des circonstances obscures en 1986), il a marqué au fer rouge la bande dessinée en créant le personnage de RanXerox, un robot hyper-violent qui se tape une héroïnomane de douze ans. Ses aventures ont donné lieu à deux albums : RanXerox à New-York, 1981, et le truculent Bon anniversaire, Lubna en 1983. Un troisième volume, moins percutant, est sorti en 1996. Mais l’apogée était passée, Tamburini n’était plus de ce monde et le scénario fut en grande partie écrit par Alain Chabat, grand admirateur du travail de Liberatore, qu’il a d’ailleurs fait travailler sur son adaptation filmique d’Astérix et Cléopâtre.

Vidéo Clips est un album un peu oublié dans l’ombre de RanXerox. Il compile sept histoires courtes, dont quatre écrites par Tamburini qui sont assez proche de l’univers cyberpunk décadent de Ranx. Restent trois nouvelles, dont deux sont de petits bijoux de satire sociale corrosive. La première, Real Vision, écrite par Liberatore lui-même, est une dénonciation de la violence urbaine de l’époque dont se repaissent allègrement les médias. Une thématique toujours actuelle, qui sera abordée quelques années plus tard par un autre dessinateur borderline, le Frank Miller du Dark Knight. On trouve des similitudes jusque dans la forme : Liberatore utilisait déjà l’écran de télévision comme une case, un prisme à travers lequel on suit l’histoire tout en intégrant la volonté qu’avait l’auteur en la racontant. Real Vision est certes beaucoup plus rapide que le Batman de Miller, mais l’intention est là…

Autre perle de ce bouquin, Confiné, sur un scénario de Bruce Jones (qui a eu son heure de gloire avec des histoires de genre dans les années 1980, entouré d’excellents dessinateurs, avant de se perdre un peu en écrivant des épisodes de Hulk assez anecdotiques). Ou que se passe-t-il dans le cerveau d’un homme entièrement paralysé, dont les désirs, les envies, les fantasmes ne se concrétiseront plus jamais ?… Là encore, la question est traitée de manière brutale, violente et immorale, mais, encore une fois, l’intention est là…

On ne peut que recommander de s’intéresser à l’univers de ce dessinateur unique et talentueux - qui se consacre aujourd'hui à la peinture, que ce soit à travers Vidéo Clips, qui donne un aperçu de tous les talents graphiques du dessinateur, ou RanXerox, son œuvre mythique. De toutes façons, tout est bon dans le Liberatore !

 

Landry NOBLET

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Vidéo Clips, Tanino Liberatore, 70 p., L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1984.