IMG_0847Gardien de prison en ex-URSS, Danzig Baldaev a, au cours de sa carrière, référencé plus de trois mille motifs tatoués sur des détenus qu'il a redessinés. Dans une démarche presque ethnologique, l'auteur en a tiré un certain nombre de conclusions, à tel point que le KGB s'est intéressé à son étude afin de mieux cerner les rituels de cette société cloisonnée.

Les tatouages d'un malfrat russe constituent son CV. En le voyant nu, un employeur potentiel connaît ses faits d'armes notables, ses anciens chefs, les prisons par lesquelles il est passé, son rang mais aussi ses convictions politiques (souvent anti-soviétiques, anti-communistes, fascistes ou anarchistes) ou son orientation sexuelle. Il est même possible de savoir que la personne a perdu une partie de carte en prison et s'est en conséquence retrouvée avec un tatouage pornographique sur le torse. Associé à un rite de passage, réalisé gratuitement entre membres d'un gang, le tatouage est cependant dans ce cas précis imposé par le gagnant de la partie et payé par le perdant !

Aucun endroit du corps n'est épargné, que ce soit chez l'homme ou chez la femme. Les parties génitales, les paupières ou les doigts sont susceptibles d'être encrés. On note un certain nombre de motifs récurrents, comme les crânes, les femmes nues ou les swastikas.

Cet univers fascinant est passé à la loupe dans les trois volumes de cette encyclopédie. Pour ceux qui veulent découvrir cette approche du tatouage très éloignée de ce qu'il est chez nous, le film de David Cronenberg Les Promesses de l'ombre est une excellente entrée en matière.

 

Landry NOBLET

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Russian criminal tattoo encyclopaedia (3 volumes), Danzig Baldaev, +/- 400 p. par volume, Fuel (en anglais), 2003, 2006, 2008.